L'autre jour, j'ai eu le malheur de regarder Il faut sauver le soldat Ryan et, immédiatement, ma passion pour l'histoire est ressortie XD !!!
J'ai beaucoup travaillé sur ce TS. Il va être long, il sera en 3 parties, toutes aussi longues que celle-ci, voire plus
J'ai recommencé les phrases un nombre incalculable de fois, pesant mes mots et essayant de trouver les meilleures tournures possible
Je préviens tout de suite que la deuxième partie mettra du temps à arriver. Cette histoire me demande beaucoup de temps alors je compte sur vous pour pas trop me mettre la pression ^^
***
Un jeune homme marche rapidement le long d'un trottoir, il avance sans s'arrêter, il a envie de rentrer chez lui le plus rapidement possible. Autour de lui les autres sont tous aussi pressé, personne ne souhaite rester à découvert plus que nécessaire. Dans la ville, l'air est pesant, l'ambiance angoissante et la peur omniprésente. Il n'y a pas beaucoup de gens dehors, on n'entend pas d'enfants jouer, ni de voitures passer. L'endroit à l'air endormi voire même mort.
Il lève la tête, et regarde devant lui. De là, il peut voir sa porte de sa maison. La petite porte verte, juste au bout de la rue. C'est tellement près, mais dans les circonstances actuelles, c'est aussi tellement loin. Nous sommes en janvier 1944. La seconde guerre mondiale déchire le monde depuis presque 5 ans. Pendant que des gens meurent sur les champs de batailles d'autres tentent de survivre en ville.
Le garçon s'arrête quelques instant et contemple ses courses. Enfin, le peu de vivres qu'il a pu obtenir avec des tickets de rationnement. Il n'y a pas grand chose, juste le strict nécessaire, comme du pain, aliment de survie par excellence depuis toujours. Le gouvernement fait très attention, beaucoup de pays ne veulent plus rien avoir à faire avec l'Allemagne. Cette dernière doit donc, en majeure partie, compter sur ses propres ressources pour nourrir non seulement sa population civile, mais aussi ses soldats.
Heureusement, chacun a ses astuces pour se procurer plus de nourriture. Plusieurs fois par semaines, le jeune homme donne des cours de littérature et de maths aux peu de gens qui sont encore soucieux d'apprendre. Ils le payent peu mais au moins, ça lui permet d'acheter au noir de la viande ou des légumes pour changer son quotidien. C'est illégal et il risque beaucoup en le faisant mais quand il y a des règles, il y a toujours des gens pour les effreindre, ça fait partie du système.
Il soupire puis continue à avancer quand, d'un seul coup, une alarme stridente résonne dans toute la ville de Berlin. Tom, c'est son nom, ne se pose pas de question, il sait parfaitement ce que cela veut dire. Un bombardement imminent. Il sert son paquet dans ses bras et court à perdre haleine. Il regarde sans arrêt la porte de sa maison, priant pour que la bombe qui va tomber ne la détruise pas. Il la voit se rapprocher, il y est presque, il ne lui reste que quelques mètre à faire. Il sort ses clefs et ouvre rapidement la porte. Il rentre précipitemment dans la maison et ferme le verrou avant d'aller se cacher sous la table de la cuisine.
Il entend les bruits des bombes qui dévastent la ville, les cris des personnes qui sont tuées ou de celles qui viennent de perdre un proche. Et lui, il attend la fin et il espère, il se surprend même à prier parfois. Tout ça paraît tellement suréaliste. Il sait que des maisons vont disparaître et que des humains sont en train de mourir juste parce qu'un mégalomane s'est mis à dos le reste du monde. Il sait aussi qu'il est incapable de les aider. Tom ne se sens pas capable de risquer sa vie pour sauver celle d'une autre personne. La guerre rend égoïste. Il faut penser à soit, seuls les plus forts s'en sortent et lui, il veut être fort.
Les murs tremblent, c'est le chaos à seulement quelques mètres de lui. Il sent des larmes se former dans ses yeux et il les retient comme il peut. Il ne veut pas pleurer. Il met ses mains sur ses oreilles pour se protéger des bruits assourdissants. Comme à chaque fois, Tom a l'impression, que c'est la fin et qu'il va mourir. Il serait presque même soulagé si cela arrivait. Il serait enfin libéré de cet enfer.
« S'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît, » répète-t-il sans fin en se balançant d'avant en arrière.
Quand enfin, tout cesse. Il entend alors des coups de feux et ferme les yeux en se pinçant les lèvres. Certains habitants achèvent des blessés qui gisent dans la rue. Il n'y a pratiquement plus de médicaments ni même de médecins en droit de pratiquer. Ces gens allaient mourir quoi qu'il arrive, il vaut mieux, abréger leurs souffrances.
Tom reste quelques secondes de plus sous la table. Son souffle est rapide, court, ses pupillent dillatées et ses mains tremblent, il sait que, pour l'instant, il ne peut pas pas se relever, ses jambes ne le porteraient pas. C'est fini mais, ce n'est que temporaire. Dans quelques heures, dans quelques jours, cela recommencera, ça fait partie de leur quotidien maintenant.
Tom se relève enfin et étire ses jambes douloureuses. Son regard est attiré par un cadre qui est tombé à terre. Une fois de plus, il le ramasse et le remet à sa place, sur la commode de l'entrée. Il contemple les visages souriants de ses parents. C'est une photo qu'ils ont prises quand ils étaient jeunes, le jour de leur mariage pour être plus précis.
Son père, grand et d'allure sévère, avait une moustache, ce qui ne lui allait vraiment pas, Tom aimait lui faire remarquer, pour le taquiner. A côté de lui se tient sa mère, une femme aux traits fins et aux yeux doux, une mère extraordinaire. Tous deux ne sont malheureusement plus de ce monde.
Jorg, son père, avait été envoyé au front comme presque tous les hommes d'Allemagne, il avait sucombé à d'importantes blessures deux semaines seulement après son départ. Tom lui, n'avait pas quitté Berlin car, bien qu'agé de 18 ans, il avait évité d'aller à la guerre en raison d'un problème aux oreilles qui lui faisait parfois perdre l'équilibre, il avait été déclaré inapte au combat. Il était donc resté avec sa mère, Simone, qui elle, avait été tué par un bombardement il y a quelques mois de cela.
A la mort de ses parents, il avait décidé de ne pas se rendre chez son oncle en Bavière, il voulait rester ici, dans cette maison qui lui rappelait tellement de bon souvenirs. C'est son chez lui, et pour rien au monde il ne le quitterait. Un miaulement attire son attention puis une boule de poil noire vient se frotter contre ses jambes. Il sourit et prend son chat dans ses bras.
« Ramsès, je suis content de voir que tu arrives toujours à t'en sortir toi aussi, » dit-il en lui caressant la tête.
La chat ronronne et lui lèche doucement le visage. Chaque jour, il impressionne un peu plus son maître qui réalise que l'instinct de survie des animaux est vraiment incroyable. C'est son seul compagnon dans cette grande deumeure vide de toute autre vie. L'être qui vient se pelotenner contre lui la nuit et qui le fait se sentir un peu moins triste. On se raccroche à ce qu'on peut n'est ce pas ? Surtout dans ce genre de circonstances.
« Tu dois avoir faim, j'ai pensé à toi, j'ai pris du lait, » fit Tom en le reposant à terre.
Immédiatement, le chat se dirige vers son bol posé sur le sol près de l'évier et miaule sans s'arrêter en regardant son maître fouiller dans le sac en papier. Tom trouve finalement ce qu'il chercher et ouvre vite la brique pour en verser dans le bol. A peine a-t-il fini que Ramsès plonge la tête dedans pour tout laper.
Tom sourit puis sort un bout de pain qu'il tartine d'une très fine couche de beurre, il doit faire des économie sur tout et n'importe quoi. Il range ensuite le reste des affaires et monte les escaliers, il est las. Il arrive dans la salle de bain et fait couler un fond d'eau dans la baignoire, il ne la rempli qu'au tier avant de se saisir de son savon.
Il enlève son bonnet pour libérer ses longs cheveux tressés. C'est une coiffure qu'il aime beaucoup mais que les autres trouvent bizarre. Et comme tout ce qui est bizarre est condamnable, il préfère les cacher, pour éviter les ennuis. On se fait arrêter pour tout à l'heure actuelle, des habits pas règlementaires, une coupe de cheveux peu commune, un comportement qu'on juge étrange, une dénociation. La délation envers les juifs est même vivement encouragée, pour la bonne marche et la grandeur du Reich comme ils disent.
Les seules raisons pour lesquelles Tom n'est pas dans un camp de travail, c'est parce que ces parents étaient des allemands pure souche et qu'ils n'étaient pas juifs. Pour l'instant il peut vivre en paix, mais l'avenir est incertain, on ne sait pas ce qui peut se passer demain. Les lois et les interdictions changent sans arrêt, au grès des envies de fürer.
Il se déshabille et se glisse dans l'eau tiède en grimaçant. Un bain presque froid en plein hiver ce n'est pas ce qu'il y a de meilleur. Mais il préfère encore ça plutôt que de ne pas se laver. Il fait son maximum pour continuer à vivre le plus naturellement possible, sinon il risqueraitde devenir fou, il penserait à trop de choses. Tom se frotte sommairement avec le savon pour l'user le moins possible et se rince avant de sortir pour s'enrouler dans le drap blanc qui lui sert de serviette.
Il met rapidement des vêtements chaud. Etant donné qu'il n'y a plus de chauffage, il doit empiler différentes couches d'habits pour ne pas mourir de froid dans la nuit. Peut être que demain, il ira chercher du bois pour faire un feu dans la cheminée du salon. Il arrive dans sa chambre et regarde sa pendule, il est 18h. Le jour vient à peine de se coucher mais c'est déjà le couvre-feu, plus personne n'a le droit de sortir de chez lui sous peine de se faire arrêter.
Comme tous les soirs, il baricade portes et fenêtres, avant d'aller se coucher dans son lit. Il attrape un livre et allume sa petite lampe à huile. Ramsès grimpe sur le matelas et s'allonge contre son flanc, lui apportant une chaleur supplémentaire. Tom lui gratte doucement le derrière des oreilles tout en continuant sa lecture. Il a toujours aimé lire, la bibliothèque de ces parents est pour lui un vrai trésor. Ça lui permet de s'évader de ce monde. L'espace de quelques heures, la guerre n'existe plus, ses parents ne sont pas morts, il n'est pas seul à survivre dans cet endroit rempli de haine.
Après seulement quelques pages, il baille déjà. Le bombardement de cette après-midi a été un vrai choc, ça faisait une semaine qu'il n'y en avait pas eu, ça l'a vraiment surpris. Il se sent épuisé, il frotte ses yeux et ferme son livre avant de le poser sur la table de chevet. Ramsès redresse la tête à ce moment là. Il s'étire et va se glisser sous la couverture que Tom vient de soulever. Le jeune homme s'allonge sur le ventre et passe un bras autour du corps de son chat pour aller caresser sa tête.
« Bonne nuit, » dit-il avant d'éteindre la lampe.
***
Le lendemain, il se réveille doucement et se retourne sur le dos pour contempler le plafond, les bras en croix sur le matelas. Il a toujours besoin de quelques minutes pour émerger et sortir des lymbes du sommeil. Il sent quelque chose bouger contre sa jambe et sourit en voyant Ramsès s'étirer de tout son long.
Le chat ne reste jamais toute la nuit sous les couvertures, au bout d'un moment il vient se mettre en boule à ses pieds pour dormir plus à l'aise. Tom se redresse et s'assoit en tailleur. Il frotte ses yeux et s'étire à son tour avant de poser les pieds par terre et de se lever. Il doit y aller doucement s'il ne veut pas perdre l'équilibre et tomber sur le sol.
Il sourit en voyant le bout de la queue de son chat passer par la porte, il sait où il va. Il se rend donc dans la cuisine où Ramsès l'attend déjà devant son bol. Tom n'a pas vraiment de quoi le nourrir, un peu viande et du lait, tout au plus, mais le chat n'a pas l'air malheureux et revient toujours à la maison. Il sort toute la journée et doit sans doute se trouver quelques souris ou autres créatures pour compléter son alimentation, il se débrouille pour survivre, lui aussi.
Une fois de plus, Tom rempli son bol de lait et se fait chauffer de l'eau pour son café. C'est le seul luxe qu'il s'offre, une des rares choses à laquelle il n'a pas renoncé, son café du matin. Il grimace en voyant qu'il ne lui en reste presque plus, il va devoir sacrifier du pain ou des pommes de terre pour son petit plaisir mais ça n'est pas grave. Les moments de bonheur ou de paix sont tellement rares qu'il faut les savourer et surtout se débrouiller pour les renouveler. Boire un café dans sa cuisine et regarder le soleil se lever en fait partie.
Une heure après, une fois qu'il est totalement réveillé, il va s'habiller, enfouissant à nouveau ses cheveux sous un bonnet, enfile plusieurs épaisseurs avant de revêtir son manteau le plus chaud. Il va dans le salon où il trouve le chat allongé sur le canapé, près à faire sa première sieste de la journée. Tom lui caresse doucement la tête et l'animal ronronne en se mettant sur le dos, les pattes en l'air pour se faire gratter le ventre. Le jeune homme sourit et le câline un moment avant de lui parler.
« Je vais chercher du bois, on fera un bon feu quand je reviendrai. »
Ramsès miaule et se remet sur le ventre. Ça peut paraître étrange de parler à un chat, ce n'est qu'un animal après tout, il ne peut pas comprendre ce qu'on dit et encore moins nous répondre. Cependant, quand on vit seul, toute présence est bonne à prendre. Sans lui, Tom ne sait pas s'il arriverait à tout supporter. Sans cette petite bête pour le regarder en penchant la tête, pour venir se blottir contre lui quand il ne va pas bien, ou tout simplement pour l'écouter parler quand il a besoin de se confier.
Tom enroule alors une écharpe autour de son cou et attrape ses clefs en sortant, il ferme ensuite la porte. Le froid l'agresse immédiatement. Il souffle sur ses mains avant de les mettre dans ses poches, il n'a plus de gants. Il rentre le cou dans son col et avance tête baissée vers le petit parc d'à côté. Comme d'habitude, sur son passage, personne ne fait un bruit. Les gens ne se saluent plus ils se méfient les uns des autres. Ils se scrutent, cherchant quelque chose de bizarre, quelque chose à dénoncer pour être bien vu et vivre dans une certaine quiétude.
Le jeune homme arrive à destination et s'arrête à l'entrée. Il observe les balançoires et autres jeux pour enfants délaissés depuis longtemps. Ce parc n'est plus que l'ombre de lui même. Qui pourrait imaginer qu'il y a quelques temps, des rires et des cris retentissaient encore dans ce lieu plein d'animation ? Aujourd'hui il est désert, comme tout le reste de la ville. Tom soupire puis s'avance pour aller ramasser quelques branches mortes qui viendront alimenter le feu. Il arrive sous un arbre et se penche quand il entend un bruit de l'autre côté du tronc.
Il fronce les sourcils et stoppe son mouvement puis bouge lentement pour se diriger vers l'origine du bruit. Il remarque que se sont des reniflements, comme si quelqu'un était en train de pleurer. Tom fait le tour du tronc et aperçoit une silouhette assise par terre. La personne est complètement repliée sur elle-même, la tête enfouit dans ses bras, les genoux remontés contre sa poitrine. Il s'approche doucement. Son pied marche sur une branche morte, le bruit de craquement fait sursauter la personne qui se retourne brutaement vers Tom. Ses yeux expriment un grande panique mais aussi une profonde détresse.
Tom observe ce visage aux traits si fins. Les longs cheveux noirs qui reposent sur les épaules. Les joues mouillées et noircies du maquillage qui a coulé a cause des larmes. Il se demande s'il a affaire à un homme ou bien à une femme. Il descend alors un peu plus ses yeux et remarque la poitrine plate, un torse, il fait donc face à un homme. L'ambiguité est vraiment troublante.
Le blond aperçoit alors l'étoile jaune cousue sur le pull du jeune homme et il grimace. Un juif. Un juif qui vient sans doute de subir les foudres d'extrêmistes. Il faut avouer que son allure étrange ne doit rien arranger à sa situation. Le blond se penche doucement pour l'approcher et lui tend la main. Le brun l'observe quelques secondes, méfiant, le regard apeuré. Tom lui sourit gentiment.
« N'ai pas peur, je ne te veux aucun mal, » dit-il.
Le jeune homme le regarde encore un peu avant d'attraper sa main. Tom l'aide à se relever et s'étonne de voir que cette personne doit faire sa taille, voire même un peu plus. Le blond détaille le corps de ce jeune brun aux courbes aiguisées mais agréables. Un tel mélange de masculin et de féminin réunis en une seule et même personne fascine Tom.
Il croirait presque avoir en face de lui l'une d'une créatures mysthiques qui peuplent ses romans. Oui, cette personne à l'air d'être tout droit sorti d'un livre, ou bien d'un tableau. Sans même le connaître, Tom a envie de le protéger, de le garder près de lui. Il a l'impression d'avoir capturé le plus beau des papillons au creux de sa main, et il n'a aucune envie de le voir s'envoler.
« Quel est ton nom ? » demande Tom.
« Bill, » répond le brun en passant ses bras autour de son corps encore tremblant.
Tom le voit frissoner alors il enlève son manteau et le pose sur les épaules de Bill qui le regarde étonné. Le brun se balade en pull dans la rue en plein mois de janvier, pas étonnant qu'il meurt de froid. Le blond regarde à nouveau l'étoile jaune et demande timidement.
« Tu es... ? »
Bill baisse les yeux et referme immédiatement le manteau sur lui pour cacher sa marque.
« Juif, oui. Tu vas me dénoncer ? »
« Non, » répond Tom du tac au tac.
« Pourquoi ? »
« Il te faut une raison ? »
Bill plante ses yeux dans les siens.
« Oui, il m'en faut une. »
Tom fronce les sourcils. En face de lui, le jeune homme garde ses distances. Ses bras entourés autour de sa taille, comme s'il voulait mettre une barrière, comme s'ils allaient le protéger. Le blond pourrait jurer que, son regard s'apparente à celui d'un animal blessé. Tom doit marcher sur des ½ufs et tout faire avec précaution, sous peine de le voir fuir.
« J'ai juste envie de te protéger, est ce que ça te suffit ? »
Bill hoche simplement la tête. Tom fronce alors un peu les sourcils et s'avance vers lui. Le brun recule vivement, le regard dur, sur la défensive. Le blond ne se démonte pas et se contente de relever la capuche sur les cheveux de Bill pour les cacher.
« C'est mieux comme ça, plus discret. Où est ce que tu habites ? Je vais te raccompagner. »
Bill baisse les yeux et tourne la tête.
« Je n'ai plus d'endroit où vivre. Mes parents ont été emmené ce matin. J'y ai échappé car j'étais caché dans un recoin de la cave, ils ne m'ont pas trouvé. Mais après, ils ont brûlé la maison, je me suis enfuis de justesse. »
Tom ne remarque qu'alors les traces noires sur les mains du brun. Il a du se débattre dans les décombres et les cendres pour se dégager.
« Viens chez moi alors. »
Le brun relève immédiatement la tête.
« Chez toi ? Non, » dit Bill en secouant la tête.
« Pourquoi pas ? Je vis seul dans une grande maison, il y a bien assez de place pour nous deux. »
« Mais et pour la nourriture ? Et puis c'est dangereux, si jamais on découvre que tu caches un juif, tu auras de gros ennuis ! »
« On se débrouillera, aie confiance en moi. »
« Je ne peux pas...avoir confiance, pas encore »
« Alors, essaye, et prends tout le temps qu'il te faudra. »
« D'accord. »
Tom lui souris et ramasse ses branches. Bill lui en prend quelques une pour l'aider et le blond les dirigent vers sa maison. Tout le long de la route, Tom voit les regards inquiets que le brun jette tout autour de lui, il est aux aguets, prêt à prendre la fuite au moindre signe de danger.
Tom continue de lui sourire pour le rassurer. Tant que son étoile jaune reste invisible, personne ne peut savoir qu'il est juif, il ne risque donc rien. Ils arrivent devant la grande maison et rentrent. Ramsès arrive vers eux à ce moment là. Il s'arrête un instant en voyant le nouveau venu, l'observe puis s'enroule contre les jambes de Bill en ronronnant.
« Il est mignon, » dit le brun en se penchant pour caresser la tête de l'animal qui se laisse faire avec plaisir.
« Je te présente Ramsès, il n'y a que lui et moi dans cette maison. Je l'adore mais, comme tu peux l'imaginer, avec lui, la conversation est limitée. »
Bill sourit franchement ce qui réchauffe le c½ur de Tom. Le brun est encore plus beau quand il sourit. Des fossettes se creusent dans ses joues et ses yeux se plissent malicieusement. Ça illumine tout son visage, sa beauté n'en est que plus iréelle. Dans un coin de sa tête, le coin le plus romantique, Tom se dit qu'il vient peut être de trouver le soleil qui viendra illuminer ses jours si gris. Avec un peu de chance, Bill sera sa lueur d'espoir. Il l'est déjà un peu de toute façon. En seulement quelques minutes, le brun l'a fait sourire plus de fois qu'en 6 mois.
Tom le conduit dans le salon et s'agenouille devant la cheminée. Il attrape deux rondins de bois, du papier journal et une boite d'allumette avant de se tourner vers Bill qui l'observe, assit à ses côtés.
« Tu as déjà fait un feu ? »
« Mon père m'a montré une fois, mais j'étais tout petit, je ne me souviens plus très bien. »
« Ca te dit d'essayer ? »
Bill hoche positivement la tête avec un sourire. Tom se rapproche un peu de lui mais garde ses distances et s'arrête juste avant que sa cuisse ne touche celle du jeune homme. Il installe les rondins dans la cheminée et tend des feuilles de journaux à Bill.
« Entortille les pour les placer entre les deux bûches. »
Le brun fait ce que Tom lui dit et froisse maladroitement les feuilles avant de les mettre en place. Pendant ce temps, Tom installe quelques brindilles. Leurs mains s'effleurent plusieurs fois mais le blond fait comme si de rien n'était. Il essaye d'ignorer les frissons qui le parcoure et le trouble qui l'envahit. C'était des sensations totalement nouvelles pour lui.
Il n'a pas vraiment eu le temps d'avoir beaucoup de petite amies durant sa vie. La guerre est arrivée au moment même où il avait l'âge de découvrir les choses de l'amour. Son père avait à peine eu le temps de lui expliquer le pourquoi du comment qu'il était déjà parti à la guerre, pour ne jamais en revenir et ce n'était pas avec sa mère qu'il aurait pu parler de ça.
Tom sait qu'après la guerre, il est sensé trouver une jolie jeune fille. Une fille douce et gentille. Qu'il aimera, qu'il épousera, et avec qui il aura des enfants qui porteront son nom. C'est dans la logique des choses, le cycle de la vie. Vivre, se reproduire puis mourir. Mais le blond a toujours été contre les règles imposées. Il préfère de loin créer sa propre logique, même si ça veut dire être rejetté ou montré du doigt par les autres.
« Et maintenant ? »
La voix de Bill le ramène sur terre. Ses grands yeux chocolats sont plongés dans les siens de même couleur. Tom se sent presque rougir devant la candeur et l'innocence que dégage le brun. Comment peut-on ne serait qu'imaginer faire du mal à quelqu'un comme lui ?
« Maintenant on va l'allumer, enflamme le papier d'abord, » fit Tom en lui donnant la boite d'allumettes.
Bill en allume une et approche doucement sa main du papier journal. Il regarde le feu se propager quelques secondes puisse laisse tomber l'allumette entre les bouts de bois. Le feu prend rapidement, les brindilles s'enflamment à leur tour, puis se sont les rondins. Une chaleur plus qu'agréable se dégage alors dans pièce, la réchauffant doucement.
« Bravo, » fit le blond en souriant.
Tom se relève et s'étire doucement. Il retire le bonnet qu'il avait oublié d'enlever, libérant ses tresses. Puis enlève également un de ses pulls, pour une fois qu'il n'a pas froid dans la maison, autant en profiter. Il se tourne ensuite vers Bill et lui sourit.
« Ca te dirait un café ? Pour finir de nous réchauffer ? »
« Oui, je veux bien merci. »
Le blond sourit encore, se disant que ça va vraiment devenir une mannie s'il continue de rester trop près de Bill. Il se dirige vers la cuisine et fait chauffer de l'eau dans une casserole. Il soupire en réalisant qu'il va sacrifier ses derniers grammes de café. Mais demain il doit aller donner un cours, il va donc récupérer un peu d'argent, ça lui permettra d'aller en acheter.
Il verse les boissons fumantes dans deux tasses, mets un morceau de sucre dans chaque et pose le tout sur un plateau pour retourner dans le salon. Quand il arrive dans la pièce, il voit Bill assis en tailleur, Ramsès sur les genoux en train de se faire dispenser une bonne séance de caresses sur le ventre. Le chat a les yeux fermés, les pattes en l'air et roronne comme un bien heureux.
« Je vois que vous avez fait connaissance, » dit Tom en s'approchant.
« Oui, il est vraiment docile. »
« C'est mon compagnon de vie, je le bichone, » fait le blond avec un clin d'½il.
Tom pose son plateau par terre et tend une tasse à Bill. Celui ci la prend et le remercie d'un signe de tête. Le blond attrape lui aussi sa boisson et s'assoit sur le sol à côté du brun. Voyant que Bill ne s'occupe plus de lui, Ramsès se redresse et se calle plus confortablement sur ses genoux.
Les deux garçons ne parlent pas. Ils se contentent de boire en regardant le feu prendre vie. Tom n'a pas besoin de parler. Il est juste heureux de ne plus être seul, d'avoir une présence à ses côtés. Il sait qu'après cet instant, la solitude aura un goût bien amer. C'est pourquoi...
« Bill ? » demande-t-il.
« Hum ? »
« Tu acceptes de rester vivre avec moi alors ? »
Le brun le regarde quelques instants dans les yeux.
« Oui, » répond-il en souriant doucement.